Portrait de Élodie Par Élodie
Publié le 25 août 2026
5 minutes

Loi 1965 copropriété : guide complet pour copropriétaires

Loi 1965 copropriété : guide complet pour copropriétaires
Immobilier

La loi n°65-557 du 10 juillet 1965 constitue le socle juridique de toutes les copropriétés en France. Plus de soixante ans après sa promulgation, elle continue de régir le fonctionnement des millions d'immeubles collectifs français, tout en s'adaptant aux évolutions du marché immobilier. Ce texte fondateur définit précisément ce qu'est une copropriété, comment elle s'organise, et quels sont les droits et obligations de chacun.

Que vous soyez nouveau copropriétaire ou que vous viviez en copropriété depuis des années, comprendre les principes de cette loi est essentiel pour défendre vos droits, participer aux décisions collectives et éviter les conflits. Découvrez l'essentiel de ce texte incontournable.

Qu'est-ce que la loi du 10 juillet 1965 sur la copropriété ?

Avant 1965, le cadre juridique des immeubles collectifs était flou et source de nombreux litiges. L'absence de règles claires sur la répartition des charges, la gestion des parties communes ou encore la prise de décisions créait des situations conflictuelles entre propriétaires.

La loi du 10 juillet 1965 a mis fin à cette insécurité juridique en établissant un statut unifié applicable à toutes les copropriétés d'immeubles bâtis. Elle définit la copropriété comme "tout immeuble bâti ou groupe d'immeubles bâtis dont la propriété est répartie entre plusieurs personnes, par lots comprenant chacun une partie privative et une quote-part de parties communes, lesquelles sont indissociables".

Les objectifs principaux de la loi

Cette loi fondatrice poursuit plusieurs objectifs essentiels :

  • Définir juridiquement la copropriété et établir des concepts clairs (parties privatives, parties communes, lots)
  • Organiser la gouvernance collective en créant des organes de gestion (syndicat, syndic, conseil syndical, assemblée générale)
  • Faciliter la prise de décision en instaurant différents niveaux de majorité selon l'importance des résolutions
  • Protéger les droits individuels tout en préservant l'intérêt collectif
  • Encadrer la gestion financière avec une répartition équitable des charges selon les tantièmes

Les 5 chapitres structurants de la loi

La loi du 10 juillet 1965 s'organise en cinq chapitres distincts, chacun régissant un aspect spécifique de la vie en copropriété. Cette structure logique permet de couvrir l'ensemble des situations auxquelles les copropriétaires peuvent être confrontés.

Chapitre Thématique Articles concernés Contenu principal
1 Organisation de la copropriété Articles 1 à 16 Définition de la copropriété, distinction parties privatives/communes, répartition des charges, budget prévisionnel, règlement de copropriété, rôle du syndicat
2 Administration Articles 17 à 29 Fonctionnement des assemblées générales, rôle du syndic et du conseil syndical, règles de majorité (articles 24, 25, 26), procédures pour copropriétés en difficulté
3 Travaux et surélévation Articles 30 à 37 Améliorations, additions de locaux privatifs, exercice du droit de surélévation, travaux modifiant la structure de l'immeuble
4 et 4bis Reconstruction et résidences-services Articles 38 à 41 Règles en cas de destruction partielle ou totale, statut particulier des résidences-services pour personnes âgées
5 Dispositions générales Articles 42 à 50 Contestations d'assemblée générale, procédures judiciaires, dispositions diverses

Les mesures phares à connaître absolument

La distinction parties privatives et parties communes

L'une des innovations majeures de la loi de 1965 est la définition claire des parties privatives et des parties communes. Cette distinction est fondamentale car elle détermine qui paie quoi et qui décide de quoi.

Les parties privatives appartiennent exclusivement à un copropriétaire. Il s'agit généralement de l'intérieur de l'appartement : sols, murs intérieurs, plafonds, fenêtres, portes. Le propriétaire peut en jouir librement, sous réserve de ne pas porter atteinte aux droits des autres copropriétaires ni à la destination de l'immeuble.

Les parties communes sont la propriété indivise de tous les copropriétaires. Elles comprennent : le gros œuvre, les couloirs, escaliers, ascenseurs, toiture, façades, cours, jardins, locaux techniques, canalisations collectives. Chaque copropriétaire détient une quote-part de ces parties communes, proportionnelle à la valeur de son lot.

Les organes de gouvernance de la copropriété

La loi de 1965 a institué trois organes essentiels pour administrer la copropriété :

  1. Le syndicat des copropriétaires : personne morale qui regroupe automatiquement tous les copropriétaires dès la création de la copropriété. Il représente l'ensemble des propriétaires et défend leurs intérêts collectifs.
  2. Le syndic : personne physique ou morale qui administre la copropriété au quotidien. Son rôle est défini par l'article 18 de la loi. Il exécute les décisions de l'assemblée générale, gère le budget, représente le syndicat en justice et assure l'entretien de l'immeuble. La loi impose qu'une copropriété ne peut jamais être dépourvue de syndic.
  3. Le conseil syndical : organe facultatif mais fortement recommandé, composé de copropriétaires élus en assemblée générale. Il contrôle la gestion du syndic et l'assiste dans ses missions.

L'assemblée générale et les règles de majorité

L'assemblée générale est l'instance décisionnelle suprême de la copropriété. C'est lors de ces réunions que les copropriétaires votent le budget, décident des travaux, changent de syndic ou modifient le règlement de copropriété.

La grande innovation de la loi de 1965 : il n'est plus nécessaire d'obtenir l'unanimité pour prendre des décisions. Trois niveaux de majorité ont été instaurés selon l'importance des résolutions :

Type de majorité Article Calcul Décisions concernées
Majorité simple Article 24 Majorité des voix exprimées (abstentions et absents non comptés) Gestion courante : budget prévisionnel, travaux d'entretien, reddition des comptes, désignation du syndic
Majorité absolue Article 25 Majorité de tous les copropriétaires (abstentions et absents comptés) Travaux de sécurité, modification du règlement (hors destination), autorisation de travaux privatifs affectant les parties communes, révocation du syndic
Double majorité Article 26 Majorité des copropriétaires représentant au moins 2/3 des tantièmes Modification de la destination de l'immeuble, changements majeurs aux parties communes, surélévation, actes d'acquisition ou de vente

Un mécanisme de "rattrapage" existe : si une décision relevant de l'article 26 obtient au moins un tiers des voix, elle peut être soumise à un second vote à la majorité de l'article 25 (article 26-1).

La répartition des charges

La loi de 1965 établit des règles claires pour la répartition des charges entre copropriétaires. Chaque propriétaire contribue aux dépenses selon sa quote-part de parties communes, exprimée en tantièmes ou millièmes.

On distingue trois catégories de charges :

  • Charges générales : liées à la conservation, l'entretien et l'administration des parties communes (ascenseur, chauffage collectif, entretien des espaces verts, honoraires du syndic)
  • Charges spéciales : relatives aux services collectifs et éléments d'équipement commun, réparties selon l'utilité objective pour chaque lot
  • Charges exceptionnelles : correspondant à des travaux non prévus au budget prévisionnel

Les évolutions majeures : lois ALUR et ELAN

La loi de 1965 a connu une quarantaine de modifications en soixante ans. Les deux réformes les plus importantes sont les lois ALUR et ELAN, qui ont profondément modernisé le droit de la copropriété.

La loi ALUR : transparence et prévention

Promulguée le 24 mars 2014, la loi ALUR (Accès au Logement et Urbanisme Rénové) a renforcé la transparence et la protection des copropriétaires :

  • Contrat type de syndic : les missions du syndic sont désormais encadrées par un contrat conforme à un modèle type, avec une partie forfaitaire pour la gestion courante et une liste limitative de prestations supplémentaires
  • Compte bancaire séparé obligatoire : le syndic doit ouvrir un compte dédié au nom du syndicat (sauf décision contraire pour les copropriétés de moins de 15 lots)
  • Fonds de travaux obligatoire : pour les immeubles d'habitation, un fonds équivalent à au moins 5% du budget prévisionnel doit être constitué chaque année pour financer les travaux futurs
  • Immatriculation obligatoire : toutes les copropriétés doivent être immatriculées au registre national pour permettre un meilleur suivi par les pouvoirs publics
  • Abaissement des majorités : certaines décisions passent de la majorité absolue à la majorité simple pour faciliter la réalisation de travaux

La loi ELAN : digitalisation et simplification

Votée en 2018, la loi ELAN (Évolution du Logement, de l'Aménagement et du Numérique) a poursuivi la modernisation :

  • Participation à distance aux assemblées générales : possibilité de voter par visioconférence ou tout autre moyen de communication électronique pour réduire l'absentéisme
  • Extranet obligatoire : le syndic doit mettre à disposition un espace dématérialisé sécurisé avec les documents essentiels de la copropriété
  • Renforcement du conseil syndical : davantage de pouvoirs et de prérogatives pour contrôler le syndic
  • Sanctions financières : pénalités imputées sur les honoraires du syndic qui ne transmet pas les documents demandés dans un délai d'un mois
  • Élargissement de la lutte contre les impayés : le dispositif s'étend aux dépenses de travaux, pas seulement aux charges courantes

Les réformes récentes : transition énergétique et simplification

La réforme de 2020

L'ordonnance du 30 octobre 2019 et son décret d'application du 2 juillet 2020 ont apporté plusieurs simplifications importantes :

  • Régime allégé pour les petites copropriétés de moins de 5 lots avec des obligations administratives réduites
  • Clarification des règles de représentation en assemblée générale
  • Nouvelles règles de majorité : passage de certaines décisions de la majorité absolue à la majorité simple
  • Plafonnement du prix de l'état daté à 380 euros TTC, document nécessaire en cas de vente d'un lot
  • Renforcement du rôle du conseil syndical avec possibilité de délégation de pouvoirs

La loi Climat et Résilience

Adoptée le 22 août 2021, cette loi inscrit la transition énergétique au cœur des préoccupations des copropriétés :

  • Plan pluriannuel de travaux (PPT) obligatoire pour les copropriétés de plus de 15 ans, visant à anticiper les besoins de rénovation sur 10 ans
  • Renforcement du diagnostic de performance énergétique (DPE) collectif
  • Augmentation progressive du fonds travaux : minimum 2,5% du budget en 2023, 5% depuis 2024
  • Facilitation du vote des travaux de rénovation énergétique à la majorité absolue (article 25)

La loi 3DS et la loi Habitat Dégradé

La loi 3DS du 21 février 2022 a simplifié les procédures de recouvrement des charges impayées et clarifié le statut des colonnes montantes électriques.

La loi du 9 avril 2024 sur l'Habitat Dégradé vise à accélérer la rénovation des copropriétés en difficulté et à simplifier les grandes opérations d'aménagement.

Vos droits et obligations en tant que copropriétaire

Vos droits fondamentaux

En tant que copropriétaire, la loi de 1965 vous garantit plusieurs droits essentiels :

  1. Jouir librement de votre lot privatif, sous réserve de respecter la destination de l'immeuble et les droits des autres copropriétaires
  2. Participer aux assemblées générales et voter sur toutes les résolutions selon votre quote-part de tantièmes
  3. Accéder aux documents de la copropriété (procès-verbaux, comptes, contrats, carnet d'entretien) via l'extranet ou sur demande au syndic
  4. Contester les décisions de l'assemblée générale devant le tribunal dans un délai de deux mois
  5. Être élu au conseil syndical pour contrôler la gestion du syndic

Vos obligations principales

La vie en copropriété implique également des devoirs :

  1. Payer les charges de copropriété dans les délais impartis, sous peine de procédures de recouvrement
  2. Respecter le règlement de copropriété et ne pas modifier l'aspect extérieur de l'immeuble sans autorisation
  3. Contribuer au fonds travaux obligatoire (minimum 5% du budget prévisionnel)
  4. Ne pas nuire au bon fonctionnement de la copropriété ni aux droits des autres copropriétaires (nuisances sonores, utilisation abusive des parties communes)
  5. Déclarer la location de votre bien au syndic si vous louez votre appartement

Questions fréquentes sur la loi de 1965

La loi de 1965 s'applique-t-elle à toutes les copropriétés ?

Oui, la loi du 10 juillet 1965 s'applique à toutes les copropriétés d'immeubles bâtis, qu'elles soient verticales (immeubles collectifs) ou horizontales (ensembles pavillonnaires). Seules les copropriétés à usage exclusivement professionnel ou commercial peuvent ne pas être concernées par certaines dispositions spécifiques.

Un règlement de copropriété peut-il déroger à la loi ?

Non, le règlement de copropriété ne peut pas contredire les dispositions d'ordre public de la loi de 1965. Il peut préciser ou compléter la loi (interdictions spécifiques, règles d'usage des parties communes), mais jamais la contredire. En cas de conflit, c'est toujours la loi qui prévaut.

Quelles sont les sanctions en cas de non-respect ?

Le non-respect de la loi ou du règlement de copropriété peut entraîner diverses sanctions :

  • Procédure judiciaire pour faire cesser un trouble ou obtenir réparation
  • Pénalités financières en cas d'impayés de charges
  • Mise sous administration judiciaire pour les copropriétés en grande difficulté
  • Révocation du syndic en cas de manquements graves à ses obligations

Comment contester une décision d'assemblée générale ?

Tout copropriétaire peut contester une décision devant le tribunal judiciaire dans un délai de deux mois suivant la notification du procès-verbal. Les motifs de contestation peuvent être : irrégularité de la convocation, vice de forme, décision contraire à la loi ou au règlement, décision prise dans l'intérêt personnel d'un copropriétaire au détriment de la collectivité.

L'avenir de la loi de 1965 : vers un code de la copropriété

La loi ELAN de 2018 a habilité le gouvernement à créer un code de la copropriété qui regrouperait l'ensemble des textes régissant ce domaine. Ce code vise à rendre le droit de la copropriété plus accessible, lisible et simple pour tous les acteurs.

Ce projet de codification témoigne de la volonté de moderniser en profondeur le droit de la copropriété pour l'adapter aux enjeux contemporains : transition énergétique, digitalisation, prévention des copropriétés en difficulté, protection renforcée des copropriétaires.

La loi du 10 juillet 1965 reste néanmoins le socle fondamental, un texte vivant qui continue d'évoluer pour répondre aux défis d'aujourd'hui et de demain. Comprendre ses principes essentiels, c'est se donner les moyens de vivre sereinement en copropriété et de participer activement aux décisions qui façonnent votre cadre de vie.

Portrait de Élodie

À propos de l'auteure

Élodie

Rédactrice en chef

Élodie suit l'actualité des syndics de copropriété depuis plus de dix ans. Elle a enquêté sur les pratiques de gestion dans une centaine d'immeubles en Île-de-France.